Cartes et photos

vendredi 20 août 2010

Serendipity




Des vacances. Des vacances qui n'en sont pas. Parce que quand on s'intéresse à l'histoire d'un pays,ou plus généralement à la condition humaine, on ne peut s'empêcher de poser des questions, de pousser la barrière du silence et du tabou, d'aller voir de l'autre côté. Avec Paul qui marche sur les traces de son père, je rencontre des hommes, des prêtres, qui vouent leur vie au peuple cambodgien. Père Un Son vient tout juste de partir. Paul le racompagne à sa voiture. Je suis assise sur notre terrasse de bungalow de touriste, devant la mer, à l'abri du soleil cuisant. Des enfants pêchent je ne sais quel poisson sur les rochers, devant moi, un fil de pêche enroulé sur une bouteille de plastique. Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien attraper? Père Un Son nous a raconté, tout simplement, dans le désordre, les années de Pol Pot, l'invasion vientamienne, la signature de la "paix", le parcours de ses parents pour fuir le pays, leur arrivée à Montréal et maintenant, leur projet de revenir vivre au Cambodge près des leurs, pour ne pas finir dans un foyer de personnes âgées, abandonnés de tous, seuls au monde, sous la neige. J'avais envie d'allumer la caméra, de capter cette image du Père Un Son devant la mer, sa voix douce, son français quasi impecable. Il nous raconte les champs de mines, la difficulté de passer la frontière, les fosses creusées dans le sol où les tiges de bambou effilées attendent le passant, lui garantissant une mort lente et douloureuse. Une blessure de bambou ne guérit pas. Cette plante serait empoisonnée...

Je n'ai pas envie de vraies vacances. Celles où l'on se prélasse sans penser à rien. Je ne peux pas ignorer les enfants qui vendent toutes sortes de choses inutiles aux touristes blancs et gras, bien huilés. Quand on refuse leurs inombrables offres, ils nous répondent "later?". Non, pas "later" non plus. Je ne veux pas t'acheter un bracelet en corde, des lunettes soleil, une manucure. Et je ne voudrai pas davantage tout à l'heure. Je lis partout depuis deux semaines qu'il ne faut pas acheter aux enfants qui vendent ni donner à ceux qui mendient. Il faut plutôt faire un don à une ONG qui les sortira de la rue. Une jeune femme s'asseoit à l'ombre, près de moi, me sourit, douce, belle, suant à grosses gouttes sous son chapeau de paille. Elle m'offre une manucure. Je refuse. Elle voit quelques poils naissant sur mon mollet et me propose de me les enlever, un à un, avec un fil. Technique d'épilation éprouvée. je refuse, gênée qu'on scrute mon corps à la recherche de quelques riels à faire. "If you change your mind, you remember me? Promise?" qu'elle me répond, en me présentant son petit doigt pour que je scelle ma promesse avec elle. Je lui présente mon petit doigt et le croise avec le sien. "I promise". Notre promesse est scellée pour la vie. Je la regarde s'éloigner et la scrute attentivement. Je me promets de la chercher si je change d'idée.

Est-ce vraiment là tout ce que je peux faire?




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